novembre 2011 - Le blog de Laurent Lieser - Floriculteur spécialisé (Cévennes - Lozère Florac)
 
Le blog de Laurent Lieser - Floriculteur spécialisé (Cévennes - Lozère Florac)

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 20 novembre 2011

dim
20
nov '11

Date limite de plantation...

Question : Quelle est la date limite de plantation des bulbeuses à floraison printanière (Mme G. de Nancy) ?

Si pour la plupart des gens la réponse semble évidente, il existe, en fonction du groupe de plantes auquel nous nous intéressons, quelques nuances que j’aimerais expliquer ici.

Iris reticulata 'Clairette'

Commençons par les narcisses. La grande majorité des narcisses horticoles que nous connaissons aujourd’hui sont issus des espèces Narcissus pseudonarcissus et Narcissus poeticus. Or, à l’état sauvage, ces plantes préfèrent les prairies fraîches et humides, voire les sous-bois. Elles bénéficient ainsi de sols conservant toujours une certaine humidité ce qui leur permet de développer leurs racines très tôt en saison, dès le milieu de l’été ! Une plantation hâtive leur sera donc toujours bénéfique. Néanmoins, il m’est arrivé de planter des narcisses jusqu’à la mi-décembre et je peux affirmer sans hésitation que je n’ai jamais eu à déplorer de perturbation dans leur croissance. Tout au plus existe-t-il un décalage de quelques jours dans la date de leur floraison la première saison. Dans ce cas, les plantes ont toujours retrouvé leur rythme naturel dès la seconde année!

Les tulipes sont les championnes de la tolérance ! Et si j’estime qu’il vaut mieux les installer avant les premières gelées, il m’est aussi arrivé (honte à moi !) de planter des bulbes que j’avais oubliés… en mars ! Contre toute attente, ces plantes ont parfaitement fleuri quelques jours plus tard. Plus surprenant, elles réapparurent l’année suivante en pleine forme. Il y a quelques années, un correspondant, membre de la Wakefield and North of England Tulips Society, m’expliquait qu’à son âge, il ne lui était plus possible de s’adonner au jardinage à sa guise. En conséquence, il lui arrivait de ne planter ses tulipes qu’à la fin du mois de janvier. Malgré cela m’assurait-il, jamais ses plantes ne lui parurent souffrir de cette situation. Dans l’ensemble, ce qui précède vaut également pour les Crocus et les Iris bulbeux.

Les lis : Jusqu’à ces dernières années, les bulbes de lis se plantaient exclusivement en automne. Toutefois, les horticulteurs se sont rendus compte assez récemment qu’en conservant les bulbes à une température d’environ 4°C tout l’hiver (et sous des conditions particulières d’hygrométrie), ils pouvaient avec le même succès être installés au printemps. C’est la raison pour laquelle, les catalogues de printemps sont de plus en plus attrayants concernant cette catégorie de plantes.

Je terminerai en mentionnant le cas particulier du perce-neige. En effet, celui-ci semble être l’une des rares bulbeuses à préférer être déplacée en cours de végétation (après la floraison). Malheureusement, pour des raisons pratiques, la filière horticole le diffuse généralement à l’état de bulbes. Moi-même, pour des raisons techniques, je ne peux actuellement le proposer « en vert ». J’espère bien sûr pouvoir le faire le plus rapidement possible.

En conclusion, je dirais qu’il n’est jamais trop tard pour installer quelques bulbes au jardin. Les conditions de leur stockage me semblent bien plus déterminantes que l’époque de leur plantation. Conservez vos bulbes dans une pièce à température ambiante, pas trop humide (par exemple, évitez la cave et préférez le grenier) et à l’abri de la lumière. Dès qu’un bourgeon vert apparaît, installez rapidement votre bulbe au jardin, puis arrosez le abondamment. Tout devrait bien se passer. Si, par la suite, vous deviez constater malgré cela que votre plante semble avoir du mal à surmonter cette plantation tardive, rien n’est perdu ! Dès son apparition (n’attendez pas son complet développement), supprimez simplement son ou ses boutons floraux. Ce faisant, vous lui éviterez une dépense d’énergie pouvant lui être fatale. Ainsi, elle reprendra des forces, et vous aurez la joie de la retrouver en pleine forme l’année suivante.

Tulipa kaufmanniana 'Showwinner'

Crue 2011 : Suite à la crue que mon exploitation vient de subir, vous avez été très nombreux à m’envoyer quelques mots amicaux, certains m’ont même proposé spontanément leur aide pour remettre les lieux en état. Je tiens à dire combien ces messages m’ont réconforté. Du fond du cœur, je vous remercie toutes et tous. Il aura suffit de quelques heures à l’eau pour chambouler mon petit univers, détruire le paysage, il me faudra des semaines pour tout nettoyer, et une ou deux années seront nécessaires aux végétaux de la ripisylve pour se régénérer. Heureusement, en dehors de mes cultures de lis (entièrement emportées par les flots), les plantes, sous terre à cette époque de l’année, n’ont pas trop souffert. Les tulipes botaniques sont indemnes, tout comme les narcisses et les Iris…

mardi 8 novembre 2011

mar
08
nov '11

L’effet d’une bombe…

Ces derniers jours, des pluies très importantes ont généré en Lozère des crues que les journaux qualifient d’historiques. On parle de 5,50 m à Florac…

A l’exploitation, la ripisylve fut dévastée, défigurée par le Tarnon. Le paysage est méconnaissable. Par exemple, aucun aulne n’a résisté…

En arpentant la parcelle, mes sentiments furent identiques à ceux que j’éprouvais en 1998, lorsqu’au lendemain de la fameuse tempête je m’étais rendu au bois de Vincennes : un mélange d’étonnement, de stupeur, de tristesse et d’impuissance…

Les rares arbres qui ne furent pas arrachés sont pliés, cassés, balafrés, voire ensevelis sous le sable ou les débris végétaux.

Les lieux ne sont plus ce qu’ils étaient. Des murets se sont écroulés, des noyers furent couchés par les eaux. Ici, des trous et des crevasses se sont formés, ailleurs des monticules de sable sont apparus. Ma clôture fut emportée, et au moment où j’écris ces lignes, certains piquets, encore fixés à leur grillage, sont accrochés, emmêlés dans les branches, tandis que d’autres pendent tristement dans la rivière. Je ne sais même pas s’il me sera techniquement possible de les dégager. La plupart des nichoirs ont été arrachés…

Ci-dessous, disparue la jolie petite porte en bois, englouti l’aire de nourrissage destiné aux oiseaux…

Ci dessous, cet emplacement au sol sableux et humifère, abritait mes cultures de lis (plusieurs centaines de plantes). Ils furent totalement emportés par les eaux.

Le bassin qui abritait petits crapauds, larves de libellules et espèces végétales protégées fut plié, écrasé, broyé par les mouvements du sol. Comme il ne contient plus d’eau, j’en conclu qu’il est percé…

Ci-dessus, la ligne de feuilles permet de voir le niveau maximal de la crue.

Des quantités impressionnantes de détritus (plastiques, tuyaux, bidons…) furent apportés et déposés sur les rives. Aurais-je le courage de ramasser pour la xème fois ces déchets qui ne sont pas les miens ?

Le travail de nettoyage est important, trop important pour le modeste jardinier botaniste que je suis et qui ne dispose que d’une simple scie. Je ne sais pas quoi faire et vais me contenter au cours des prochains jours de remettre rapidement une clôture pour protéger le reste des cultures. Tout ce qui faisait le charme du jardin n’existe plus aujourd’hui et des années seront nécessaires à la végétation pour se régénérer.

Petits miracles : les cultures de tulipes, de narcisses, et de pivoines ne furent pas touchées. La Collection nationale de tulipes est indemne, ainsi que les collections d’Iris (des jardins, hollandica et Juno). Aucun des arbres plantés par mes soins ne fut arraché. Et enfin, après avoir été noyée sous 1 m d’eau, la planche principale de semis de tulipes fut miraculeusement préservée.

vendredi 4 novembre 2011

ven
04
nov '11

Vigilance Rouge...

La journée de hier aura vu la situation météorologique de Florac passer de "Vigilance Orange" à "Vigilance Rouge". Des trombes d’eau accompagnées d’orages se sont abattues sur le village toute la journée et une partie de la nuit. Les rivières ont rapidement dépassé leur cote d’alerte. En quelques heures, le Tarnon s’est transformé en un fleuve déchaîné, charriant sable, pierres, troncs et branchages (et pas mal de détritus divers). La moitié de la surface de la parcelle s’est transformée en lac, la ripisylve fut complètement défigurée par la crue. 200 m de clôture, la petite porte en bois menant à la rivière, et tous les végétaux plantés sous les arbres furent arrachés…

Les pluies étaient si importantes que je n’ai pas osé sortir mon appareil. Je prendrais des photos dès que le temps me le permettra. Quelques heures de crues et ce sont des jours de travail (nettoyage principalement) qui m’attendent.

Quand je pense que certaines personnes me conseillaient d’installer mes serres de culture en zone inondable. Je m’interroge…

Je pense que les dégâts sur les végétaux resteront minimes, même si je sais déjà que toutes mes planches de semis furent emportées par les eaux.

Moral en berne !!! Et la pluie recommence à tomber...