mai 2010 - Le blog de Laurent Lieser - Floriculteur spécialisé (Cévennes - Lozère Florac)
 
Le blog de Laurent Lieser - Floriculteur spécialisé (Cévennes - Lozère Florac)

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lundi 31 mai 2010

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mai '10

Bel inconnu…

‘Krinkled White’ aura été la première pivoine à s’épanouir au jardin. La plante est jeune, sa fleur un peu plus petite que celle d’une plante mature, mais elle est là, et sa simple présence suffit à me remplir de joie. Quiconque a patienté des mois pour apprécier une floraison sait de quoi je parle…

Paeonia lactiflora ‘Krinkled White’. Native d’Asie, notamment de Chine, l’espèce a engendré une quantité impressionnante de variétés horticoles dont certaines sont de véritables beautés.

Les Iris de jardins continuent leurs floraisons. En attendant de constituer une collection digne de ce nom, j’apprécie les quelques très beaux exemplaires déjà présents au jardin. Certains, la plupart, sont parfaitement identifiés, d’autres non. Ainsi, le bel inconnu ci-dessous pourrait être ‘Blue Rhythm’, mais je n’en suis pas absolument certain…

Iris ‘Blue Rhythm’ (?)

Iris ‘Blue Rhythm’ (?)

Quant à ce vieux briscard, récupéré il y a trois ans dans un petit jardin à l'abandon alors qu'il y étouffait sous les ronces, il semble retrouver santé et joie de vivre (le développement de 5 hampes florales me semble un signe plutôt encourageant). Son identité exacte restera surement à jamais un mystère. Probablement s'agit-il d'une variété datant du début du XXème siècle ?!

Vieux briscard

Les zones de prairie non fauchées grouillent littéralement de vie. Pour un peu, je resterais des heures à observer ce qui s’y passe…

Prairie préservée

Par exemple, cet hyménoptère. De fait, il m’intrigue énormément car je n’en ai pas trouvé mention dans la littérature à ma disposition. Je ne peux qu’espérer l’aide d’un spécialiste…

Hyménoptère inconnu, probablement une abeille solitaire.

Les gastéropodes semblent particulièrement apprécier les parties tendres des narcisses, ce qui permet de faire de bien curieuses observations. Ainsi, dévorée en partie, cette capsule laisse désormais apparaître les graines qu’elle contient. Depuis deux semaines que j’observe cette plante, je note que ses graines n’en poursuivent pas moins leur évolution.

Graines et capsule de narcisse

Ailleurs, encouragés par les fourmis, ce sont les pucerons qui s’attaquent aux tiges des végétaux. Heureusement, leur présence se limite exclusivement à quelques plantes sauvages.

Pucerons et fourmis sur tige de scabieuse (Scabiosa columbaria)

Ce matin, quelle joie de découvrir deux hommes pendus au fond du jardin ! Rassurez vous, je parle bien sûr de l’orchidée Aceras anthropophorum. Mon excitation est d’autant plus importante que ce sont les deux premiers exemplaires que j’observe ici. Mes efforts visant à encourager la flore locale commenceraient-ils à porter leurs fruits ? En tous cas, ce ne sont pas moins de six espèces d'orchidées qui vivent dorénavant au sein du jardin naturaliste.

Orchis homme-pendu (Aceras anthropophorum).

Quant à la floraison des quelques Orchis brûlés (Neotinea ustulata) présents, je constate avec plaisir qu’elle est fidèle au rendez-vous.

Orchis brûlé (Neotinea ustulata), merveilleuse orchidée miniature.

jeudi 27 mai 2010

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Fauche qui peut…

Parfois, plusieurs jours de mauvais temps peuvent avoir des conséquences dont on se passerait volontiers. En effet, la pluie interdisant l’usage de la tondeuse, l’herbe en profite pour pousser sans contrainte. Or, le problème de l’herbe... qui pousse sans contrainte, est qu’elle grandit tant et si bien qu’elle finit par s’avérer trop haute pour permettre le passage de la tondeuse. A moi donc la faux, les courbatures des premiers jours et les coups de soleil…

Marguerites communes (Leucanthemum vulgare). En tisane, elle facilite la digestion.

De grandes zones de prairies étant fleuries et peuplées de toute une faune, je me contente de les contourner. Il sera toujours temps d’y revenir à la fin de l’été.

Prairie fleurie

En bordure, et sous la ripisylve s’épanouissent quelques unes des plantes les plus discrètes : par exemple, la centaurée des montagnes, également appelée bleuet des montagnes, ou encore un Arum italicum de la variété ‘Chameleon’, dont les feuilles ont jauni avant même l’épanouissement de la fleur.

Centaurée des montagnes (Centaurea montana). Cette plante possède des vertus comparables à la marguerite commune.

Arum italicum ‘Chameleon’

En attendant la floraison des pivoines (chose curieuse, au sein du jardin aucune pivoine n’est encore épanouie alors qu’à Florac, elles sont quasiment en fin de floraison…), j’apprécie celle des premiers Iris à rhizome. Malheureusement, à peine leurs fleurs s’épanouissent-elles que les cétoines s’y introduisent et les dévorent.

Iris pallida. Deux hampes florales en 2009, une vingtaine en 2010 pour ce groupe de plantes. Qui dit mieux ? Pourtant, je me suis uniquement contenté de les désherber afin que les rhizomes puissent bénéficier de chaque rayon de soleil.

Iris ‘St Petersburg’. Détail de la barbe. Cet iris est sans conteste l’un des iris remontants les plus performants, et certains n’hésitent pas à affirmer qu’il est capable de refleurir jusqu’aux premières gelées. A suivre donc…

Iris ‘St Petersburg’

mardi 18 mai 2010

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Triste disparition…

Il existe plusieurs pommiers au jardin.

Détail de la floraison d’un pommier (Malus)

L’un d’entre eux, un petit jeune d’à peine 1m 80, de l’espèce sauvage Malus sylvestris, faisait l’objet de toutes mes attentions depuis que l’été dernier son bourgeon apical s’était desséché puis avait noirci. Ma vigilance s’était sans aucun doute révélée utile puisque je constatai avec satisfaction, il y a quelques jours à peine, qu’il commençait à se ramifier. Or, j'ai découvert ce matin même qu’il a disparu, volé ! Dans les graminées, seul un rond de terre nue permet encore de deviner son ancien emplacement…

Je me console en observant les premières feuilles de jeunes Viburnum opulus installés en automne. Je trouve cet arbuste extrêmement beau lorsqu’il est adulte, surtout lorsqu’il porte ses très nombreux fruits comparables à de petites cerises jaunes orangées. Pourtant, ma motivation première en implantant plusieurs de ces arbrisseaux était que leurs fruits sont toujours très appréciés des oiseaux. Être refuge LPO, c’est aussi cela…

Jeune viburnum (Viburnum opulus)

Je retrouve également une certaine sérénité en constatant le gonflement des boutons de pivoines (Paeonia). Les fourmis apprécient visiblement l’excédent de sève qui perle entre les sépales fermés. J’espère pouvoir insérer ici même quelques clichés des fleurs épanouies assez rapidement…

Bouton de pivoine hybride, Paeonia

Installé l’an passé en bordure de ripisylve, le muguet (Convallaria majalis) s’épanouit pour la première fois. Une émotion riche en parfum qui me laisse imaginer ce qu’il en sera dans quelques années ! Savez-vous que le muguet est extrêmement toxique ? Si vous en cueillez en forêt, évitez surtout d’en mâchouiller quelques brins. L’intoxication qui s’ensuit peut être mortelle !

Convallaria majalis, le muguet

Bien qu’il pourrait passer pour un muguet géant, Leucojum aestivum s’avère bien plus proche du perce-neige (Galanthus sp.). De fait, tous deux font partie de la grande famille des amaryllidacées. Eh oui, comme les narcisses ! Leucojum aestivum est une espèce protégée sur l’ensemble du territoire français !

Leucojum aestivum

Menacé par l’urbanisme, sauvé in extremis, Allium neapolitanum me fut confié l’an passé par un ami botaniste. Les conditions que lui offre la ripisylve, son sol sableux et sa luminosité lui conviennent parfaitement. Malgré son nom, cette espèce existe spontanément en France.

Ail de Naples ou ail blanc (Allium neapolitanum)

Le mois de mai est sans aucun doute le mois de l’année où l’herbe croît avec le plus d’enthousiasme ! Au jardin naturaliste, nous n’échappons pas à la règle qui impose le passage plus ou moins régulier de la tondeuse. Mais comment faire pour ne pas compromettre, voire détruire la vie qui se développe au sein d’une prairie ? De fait, je ne pense pas qu’il existe de recette miracle. Toutefois, quelques petits trucs permettent sans aucun doute de prévenir les dégâts. Par exemple, avant de passer la tondeuse, il est toujours possible de parcourir la zone à tondre moteur éteint ou simplement en marchant. Cela fait fuir les insectes et permet de vérifier qu’un reptile ou un amphibien ne s’y cache pas (Je n’ose imaginer mon expression si je réalisais trop tard être passé sur un gros crapaud avec la tondeuse !). Nous ne tondons jamais l’intégralité de la parcelle en une seule fois. Ainsi, il existe toujours de larges zones « refuges » sur lesquelles la végétation se développe à sa guise. De plus, les tontes sont pratiquées de façon raisonnable, la lame de la tondeuse maintenue au niveau le plus haut. N’oublions pas que les jardins dont l’herbe est tondue à ras et trop souvent sont ceux dont le sol se dessèche le plus rapidement. Cela induit un déséquilibre, puis un ralentissement, et pour terminer un appauvrissement de la vie dans le sol (micro faune et micro flore). Déstructurée, la couche arable du sol se transforme peu à peu en poussière. Libre à elle ensuite d’être emportée par le vent ou lessivée par la pluie…

Scabieuse (Scabiosa columbaria)

Enfin, il est vivement recommandé de conserver quelques zones exemptes de toute tonte (un coup de faux fin juin et le tour est joué !), et de laisser quelques plantes telle que la sauge des près (Salvia pratensis) ou la scabieuse (Scabiosa columbaria) se développer sans entrave. Elles servent de nourriture et de support (chrysalides) à certaines chenilles, et sont butinées par de très nombreux insectes. De surcroît, elles attirent autant les lépidoptères que ces fichus arbres à papillons (Buddleja davidii), sans pour autant être envahissantes !

Sauge des près (Salvia pratensis)

mardi 4 mai 2010

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Oeil de Sphynx...

Tandis qu’autour de Florac s’épanouissent en masse les pissenlits (Taraxacum officinale) et la Gesse de printemps (Lathyrus vernus), je continue à apprécier les floraisons du jardin…

Prairie à pissenlits (Taraxacum officinale)

Gesse de printemps (Lathyrus vernus)

Gesse de printemps (Lathyrus vernus)

Tulipa vvedenskyi est native d’Asie centrale (Tian Shan). Cette tulipe à la floraison merveilleusement lumineuse et de longue durée m’émeut chaque année. Je cultive cette souche depuis une dizaine d’année, sa floribondité ne s’est jamais démentie.

Tulipa vvedenskyi

De cette espèce, il existe plusieurs formes distinctes à l’état sauvage. Certaines possèdent un cœur noir, d’autres un cœur jaune. Quant à ‘Tangerine Beauty’, elle est une sélection enregistrée en 1980 qui se distingue de la forme type par une fleur bien plus imposante.

Tulipa vvedenskyi ‘Tangerine Beauty’

Tulipa ferganica est bien tardive cette année. Il est impossible lorsque l’on voit pour la première fois cette tulipe de taille moyenne (20/30cm) de ne pas songer aux tulipes horticoles à fleurs de lis, tant sa forme est similaire. L’espèce fut décrite en 1935. Elle fut récoltée en Asie centrale, où elle vit sur les monts du Pamir-Alay comme dans la vallée du Fergana. J’en cultive également une souche naine qui ne dépasse guère 7 cm.

Tulipa ferganica

Bluffé ! Je suis littéralement bluffé par la beauté et l’originalité de ‘Precocious’ ! Etait-il seulement possible d’imaginer un narcisse de cette classe ? De plus, sa durée de floraison dépasse ce que j’imaginais possible pour ce type de plante. Et cette couleur…

Narcissus 'Precocious'

Le Sphynx de l’épilobe (Proserpinus proserpina) serait-il également amateur de pivoines ? Toujours est-il que c’est bien sur l’une de ces plantes que je l’ai rencontré ce matin. Présence immobile ô combien intrigante…

Je remercie Catherine de m'avoir signalé le fait que ce papillon est protégé sur tout le territoire français.

Sphynx de l’épilobe (Proserpinus proserpina)

samedi 1 mai 2010

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2010 Année de la biodiversité

Voilà ce que l’on peut lire un peu partout actuellement. Une belle annonce, rassurante à souhait, réconfortante comme il faut, et à laquelle nous avons tous envie de croire…

Pourtant, les amoureux de la terre ont toutes les raisons d’être consternés ! Par exemple, une nouvelle saison de chasse aux bébés phoques fut initiée récemment, le trafic d’espèces sauvages se poursuit allégrement, et la déforestation semble plutôt vouloir s’accélérer (vive l’huile de palme !)… Je ne parlerais ni de ma tristesse devant les images de cette nouvelle marée noire qui souille actuellement les côtes américaines, ni de mon découragement devant la multitude de salamandres écrasées que je rencontre en ce moment sur la plupart des routes autour de Florac: deux extrêmes d'un même problème. Et je préfère oublier définitivement ce visiteur qui, sur un ton bon enfant, m’expliquait dernièrement qu’il arrachait les plus belles orchidées qu’il croisait dans la nature afin de les installer dans son jardin. « Vous savez certainement que ces plantes sont pratiquement toutes protégées ? » lui dis-je. « Oui, ho… » me répondit-il avec l’air entendu de celui qui est convaincu que ce ne serait pas son comportement qui changerait le cours des choses…

Heureusement, tout n’est pas perdu, loin s’en faut ! Et comme le dit si justement le proverbe : les petits ruisseaux finissent par faire de grandes rivières. Depuis quelques années, mon petit ruisseau à moi est de tenter de préserver la vie des quelques végétaux qui me furent confiée. En conséquence, la jardin naturaliste abrite actuellement son lot de plantes protégées car menacées ou considérées comme vulnérables dans le milieu naturel. Certaines sont même éteintes…

Encore relativement commune, Tulipa sylvestris est la tulipe sauvage la plus réputée en France. Cette popularité semble jouer en sa faveur, tout comme la reconversion à l'agriculture biologique de nombreux viticulteurs.

Tulipa sylvestris au sein du jardin naturaliste.

Les deux espèces suivantes font partie de ce que les botanistes appellent le groupe des néo-tulipes. Elles sont toutes deux en voie d’extinction.

Tulipa didieri

Tulipa rubidusa

Inconnue, l’espèce turque ci-dessous me fut confiée par un conservatoire afin que je procède à son identification. Lorsqu'elle s'épanouit, je découvris avec surprise une population, de taille nettement supérieure à la forme type et de surcroît multiflore, de l’espèce Tulipa hageri.

Tulipa hageri, forme géante et multiflore.

Fort élégante, la tulipe suivante est parfois cultivée sous le nom Tulipa sprengeri, ce qu’elle n’est pas ! Là aussi, il me fut demandé de l’identifier. Sans pouvoir être plus précis, je pense qu’il s’agit d’une forme (hybride ou non) de Tulipa ostrowskiana. Quoi qu'il en soit, son extrême beauté justifie pleinement sa culture.

Tulipa ostrowskiana ?!

Narcissus dubius me fut confié l’an passé. Il s’agit d’un magnifique narcisse miniature à fleurs blanches adepte des zones rocailleuses des régions méditerranéennes. Je me réjouis de constater que le sol calcaire de cette partie du jardin naturaliste semble lui convenir à merveille.

Narcissus dubius

Narcissus abscissus est si proche de Narcissus pseudonarcissus qu'il n'en est probablement qu'une forme particulière, native des Hautes Pyrénées (environ 2 000 m d'altitude). Il se distingue par une couronne cylindrique, en forme de tube. Son charme est indéniable.

Narcissus abscissus

Comme je commençais ce billet en parlant de biodiversité, j’aimerais le terminer en vous proposant d’installer dans votre jardin, ce que j’appelle le « piquet biodiversité ». En quoi consiste t-il ?

Élément principal, un piquet de guet. Celui-ci doit faire au minimum 1m 60/80, être en bois imputrescible et être planté profondément. Il est destiné aux rapaces nocturnes qui l’utilisent pour chasser les campagnols. Depuis que j’en ai installé plusieurs, ces derniers ne me posent plus aucun problème. Adieu pièges et poisons (que je n’ai d’ailleurs jamais utilisé)…

Éléments secondaires (mais indispensables) : un tas de branchages et un tas de compost. Le premier servira d’abri aux petits mammifères se nourrissants eux aussi de campagnols (hermines, fouines...) mais susceptibles d’être également attrapés par les rapaces. Quant au second, il est une aubaine pour de nombreux insectes et vers qui y trouvent lieu de ponte et nourriture, pour les oiseaux qui s’en nourrissent, mais aussi pour les reptiles (lézards, serpents), les amphibiens (crapaud, salamandres) et les mammifères (hérissons, etc.) qui y trouvent refuges. Une fois installé, cet ensemble ne doit plus être dérangé, cela afin de ne pas perturber la vie qu'il abrite. Enfin, je vous invite à compléter le tout par un tas de pierres. Comme il en existe déjà plusieurs au sein du jardin, je n'en ai pas ajouté à l'exemple ci-dessous.

Piquet biodiversité

Quant aux fleurs (choix à votre convenance), elles feront le bonheur des insectes butineurs comme du jardinier! Sur la photographie, il s’agit en l’occurrence de Narcissus ‘Delnashaugh’, un extraordinaire narcisse à fleurs doubles.

Narcissus ‘Delnashaugh’